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Situation au

18/04/2019

Des nouvelles des détournés déroutés...

 

Cette page présente les dernières nouvelles; elle est mise à jour en fonction de leurs arrivées...

 

 


Dimanche 26 Juin 2006

Nouvelles d'Osh (au Kirghizistan)

A Tashkent nous avons traversé cette immense ville agrémentée de très jolies avenues très larges mais magnifiquement ombragées. Un régal quand on a passé la journée au (très) grand soleil en cherchant toutes les demi-heures la demi-ombre d'une moitié d'arbre pour s'arrêter et boire de l'eau vite chaude. A l'hôtel Ali-Tours tout le monde était fondu de vodka et incapable de nous donner un prix de chambre. On a essayé l'hôtel suivant dans le guide mais il était beaucoup trop cher. On est revenu chez Ali qui a fini par sortir de sa torpeur (et de sa chambre) et nous faire un rabais que la suite (pas d'eau dans la chambre de Christian et Patricia et une climatisation vazouillarde) justifiera entièrement. Christian rechute pour la nième fois coté coliques liquefiantes et on a failli rester un jour de plus mais Ali avait reloué la chambre à un couple de Francais (qu'on a d'ailleurs gentiment accueillis). On tente un traitement antibiotique à 2 Euros.

On a donc repris la route le lundi 19 Juin 2006 vers la montagne du Tian-Shan (le traitement sera le bon) qui sépare l'Asie centrale ex-sovietique de la Chine de l'ouest (Sinkiang) sur son versant nord. La chaleur était accablante mais on avait le temps c'est-à-dire 5 jours pour faire entre 200 et 300 kilomètres suivant les variantes choisies. Le soir, après 70 kilomètres, nous avons atterri dans le même unique hôtel d'Ohangaran que Annie et Alain: l'ex-hôpital psychiatrique. La chambre de sécurité avec grille fermable de l'extérieur: lunaire en diable.

Le mardi 20 Juin 2006, nous sommes montés tranquillement vers le col de Kamchik et sommes descendus sur 500 mètres nous allonger dans nos tentes (un peu plus fraîches, déjà) sur les alluvions de la rivière. A quelques dizaines de mètres pique-niquaient quelques 2 ou 3 couples ouzbèques: les gorges de l'Ardèche en quelque sorte 67 kilomètres au compteur seulement.

Le mercredi 21 Juin 2006, nous avons mis l'éternité nécessaire pour passer à 2250 mètres et redescendre sur la vallée du Fergana dans des paysages très alpestres meme si la route est beaucoup plus large et parcourue par plus de camions que les routes de nos grands cols.

Après avoir traversé le Syr-Daria nous avons opté pour le jardin public de l'autre côté du pont où nous avons été accueillis par le vieux gardien et un ex-officier de l'armée (soviétique) en Pologne: il nous a sauvé de l'invitation insistante (mais beaucoup trop alcoolisée à la vodka) des jeunes qui l'entouraient et, après avoir partagé la baignade, leur ragout (archi-délicieux) et (très) peu de leur vodka, nous avons pu nous installer au bord de l'eau et à côté du lit en plein air du vieux gardien: un rêve malgré la chaleur de nouveau écrasante, après 84 kilometres.

Le jeudi 22 Juin 2006, nous choisissons de retraverser la rivière pour la longer sur sa rive nord au plus court vers le passage-frontière d'Uchkurgon. Nous avons le temps et c'est plus une journée de chasse à la cannette que du cyclotourisme (85 kilomètres). A Namangan, grande ville sportive qui s'étend sur plusieurs kilomètres, c'est l'hôtel Fitness-club qui nous reçoit pour un tout petit prix: normal, il n'y a d'eau froide ni dans les WC ni dans la douche et du troisième étage on peut voir les rats sortir de dessous le trottoir et courir vers la piscine. Repos quand même mais un peu d'énervement.

Le vendredi 23 Juin 2006, nous gagnons Uchkurgon à 40 kilomètres. Nous flanons de marche en bistrot, achetons de l'eau et des abricots, prenons un repas de 2 heures au milieu d'une foule de plus en plus curieuse de ces étrangers en vélo. L'ambiance passe de l'énervement sur le marché surchauffé à la plus grande convivialité dans les petits villages avec prises de photos et échange d'adresses pour pouvoir les leur envoyer. Sympathique au possible

Le samedi 24 juin 2006, nous restons à l'hôtel sans nom d'Uchkurgon et faisons nos lessives et réglages-réparation de vélos. Au passage nous apprivoisons (et nous laissons apprivoiser par) une bonne partie du village: hôtelier et sa famille, commercants (marchands de glace surtout) et passants divers et aussi le jeune prodige de 17 ans et demi qui veut aller faire des etudes en Suède mais n'a pas encore le début du commencement d'une solution pour y aller. Re-sympathique. Les Ouzbèques qui nous paraissaient un peu froids et trop commercants, au début, sont en fait aussi hospitaliers que les Turcs et les Iraniens mais sous un abord beaucoup plus hésitant.

Par contre nos tentatives pour se connecter sur la Toile-internet restent infructueuses et nous ne pourrons bénéficier de l'expérience d'Annie et Alain...

Hier 25 nous tentons notre chance au poste frontière à 9 kilometres. On pinaille car on (la police) nous dit que le passage n'est pas là. On fait 16 kilomètres pour trouver la grille qui ne s'ouvrira que pour laisser un camion kirghize rentrer chez lui. Pour nous ce sera à 150 kilomètres de là. Nous en faisons une cinquantaine en camion et en voiture requisitionnés par le chef de poste qui nous a ecoutés nous plaindre pendant 2 bonnes heures. Finalement nous passons la frontière entre Andijan et Osh juste avant la fermeture de 19 heures et dormons chez le premier habitant qui nous invite chez lui après quelques kilomètres seulement en Kirghizistan et 104 dans la journée.

Pierre-André


Dimanche 18 Juin 2006

Nouvelles de Tashkent

Samarcande nous a donc accueillis pendant quelques jours. Je m'y suis reposé et dysentérisé un maximum pendant 4 jours et demi à la pension Bahodir et Christian et Patricia m'y ont rejoint puis sont allés en aller-retour à Tashkent pour faire faire leurs visas chinois acant de revenir y chercher leurs vélos.

J'ai eu tout mon temps pour visiter cette ville entièrement détruite par le conquérant mongol Gengis Khan (créateur du plus grand empire du monde) en 1220 et reconstruite par le Turc Timour (qui voulut imiter l'autre en recréant une partie de son empire) à partir de 1370. De fantastiques méderses (facultés coraniques) et d'admirables mausolées dans un style uniforme, certes ,mais très seduisant cependant. A voir en photos...

On a eu du mal à en repartir ce jeudi dernier, le 15 juin. La famille de nos hôtes, très serviable, nous offrait d'excellents petits déjeuners et des diners avec une soupe differente chaque soir mais toujours agréablement équilibrée (pois chiche, carottes, betteraves, choux, pommes de terre) et des cerises au dessert. La cour intérieure de la maison avec cette salle à manger en plein air et des tables où l'on mange accroupi fournissait à l'équipe de routards présente dans cette famille de belles occasions de rencontres; pour les cyclos, d'abord: nous trois, bien sûr, Rod le Néo-Zelandais, un Japonais, Sébastien de Chateau-Queyras et son collègue bisontin, repartis depuis pour Douchambe au Tadjikistan; pour les autres routards ensuite: l'écrivaine française qui n'arrive pas à editer son premier roman et voyage en étoile en Inde, en Russie, en Chine et, bientot en Iran à grand coup de raids aériens, la jeune corrézienne et son ami Philippin qui prennent leur temps et ne savent pas encore ou s'installer pour vivre, les jeunes couples à la découverte l'un de l'autre et du monde aussi, le couple suisse qu'on à déjà revu deux fois, des étrangers de partout et peut-être de nulle part, anglophones en tout cas. De quoi faire un monde...

Jeudi nous avons donc pris notre temps et avons quitté Samarcande vers 9 heures. Un fort vent de face nous a surpris dès le départ et s'il a rafraichi les atmosphères, il ne l'a pas fait assez pour Christian qui n'a pas décoléré de la matinée. Heureusement la nuit passée, après 90 kilomètres, au bord de la rivière Sangzor près du village de Zizzach l'a réconcilié avec le cyclocamping. Il fait de plus en plus chaud et la solution consiste à se lever le plus tôt possible pour avancer au maximum le matin, à manger au restaurant à midi avant d'agrémenter la digestion d'une bonne sieste à l'ombre. Ensuite on roule comme on peut jusqu'au soir où l'on trouve un deuxième restaurant où camper pour la nuit apres un bon dîner réparateur. Au passage on s'arrête pour boire frais et sucré: les boissons qui apparaissent maintenant au bord des routes ne contiennent même plus de fruits et sont directement aromatisées chimiquement; du sucre et de l'eau, c'est toujours bon a prendre.

Vendredi nous sommes partis à 7 heures 15 et avons roule 117 kilomètres. C'est vrai qu'il y avait beaucoup moins de vent le matin mais que les après-midis sont de plus en plus chaudes. Au contrôle de police matinal nous avons du subir les affres de la maréchaussée: on s'est retrouvé assis à l'ombre de leur batiment sur des tabourets avec un grand bol de lait aigre tout frais, de l'eau minérale gazeuse, du pain et des fruits tout frais cueillis par ces messieurs sur les pruniers alentour (et sous nos yeux). Jolie surprise par rapport aux descriptions du guide... Pour le déjeuner nous passons des laghmanns (soupe de pâtes aux manty (gros ravioles) et ce soir-là j'ai degusté une chorba (soupe à la viande) particulierement mitonnée.

Hier samedi nous avions tout notre temps pour faire les 120 kilomètres restant jusqu'ici, à Tashkent mais la chaleur est énorme. Sur internet, on donne 39 degrès aujourd'hui à Tashkent et 40 et 41 en début de semaine prochaine et, dans la vallée du Fergana, 41 pour jeudi. Ca promet !

Pierre-André

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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Photo: Pierre-André Sonzogno


Mardi 13 Juin 2006

Nouvelles de Boukhara

Le Mercredi 31 Mai 2006 vers 7 heures 30 je quittai Mashhad pour m'enfoncer dans le semi-désert qui conduit au Turkmenistan. De moins en moins de cultures, quelques usines encore puis du sable et de la végétation rase sur laquelle des équipes construisent un oléoduc ou quelque chose qui y ressemble. Il commence à faire chaud mais il y a encore tout les 20 ou 40 kilomètres un vague commerce ou acheter des gateaux ou des boissons fraîches. Pas forcément d'arbres pour se mettre à l'ombre et je grignote mes petits casse-croute parfois assis sur le talus et en plein soleil. J'ai d'ailleurs sorti le bob qui me protège la tête d'un peu tout les côtes, peut-être mieux que la casquette. Patiemment je fais mes 133 kilométres jusqu'à Charloq où j'arrive vers 17 heures 30. J'essaye alors l'autre méthode pour se faire inviter dans les familles: demander où il y a un hotel et prendre un air catastrophé quand on vous annonce le prochain à 50 kilomètres. J'ai refusé, jusque las d'utiliser cette facon de faire (très) rentable, me contentant de tout faire pour arriver à une ville suffisamment grande pour que des hotels bon marchés soient indiqués dans le guide mais c'est le dernier soir en Iran avant l'hôtel de la frontière et je tente l'expérience. Et ca marche très bien: un quarantenaire dynamique me dit de l'attendre et s'en va régler des problèmes de l'autre côté de la route et dans les magasins me laissant aux prises avec la jeunesse locale qui se passionne pour ma mécanique et mon itinéraire. Puis il m'emmène dans sa ferme en haut du village. Sa femme (20 ans de moins environ), dont je crus un moment que c'était sa fille parce qu'il règlait aussi des problèmes avec une autre femme de son age, jette un tapis et des coussins sur la terrasse de la maison et nous prenons le thé entouré d'une demi-douzaine de pré-ados et ados males de préférence. Nous discutons par gestes et grâce au quelques mots du guide qui me permettent de décrire mon voyage et ma famille et mon boulot et la suite (etc...). Pendant ce temps l'un des enfants, handicapé mental, tape le plus violemment possible sur la tête de mon hôte sans que celui-ci ne réagisse par autre chose que des grands sourires puis un peu d'agacement feint. Au coucher du soleil je me retrouve avec le couple et un adolescent de 14 ans dans la maison devant une bonne assiette de riz à la viande, du dough et du bon pain. On se passe ensuite des CD de pub pour des films ricains sur un lecteur hors d'age et aux limites du fonctionnement ainsi qu'un bon bout d'un film iranien comique et vaguement grivois. Mon hôte a le temps de me montrer des papiers comme quoi il était (ou avait été) militaire et il déballe avec sa femme des plans (de maison ou d'autre construction). Ils parlent sans se couper la parole avec beaucoup de respect mutuel et échangent de nombreux arguments. J'aurais bien aimé mieux comprendre le farsi pour en savoir plus mais on était très loin de la femme musulmane à trois mètres derrière son mari et a qui on se contente de donner des ordres comme à un mulet. Vers 22 heures tout le monde fatiguant, on me laisse choisir entre l'intérieur ou le retour sur le toit. Un léger scrupule pas tres explicite me fais opter pour le toit et sa couverture d'étoiles. C'est une bonne idee car à peine emballé dans mon duvet à côté de l'enclos des chèvres et des moutons je vois passer quelques silhouettes qui redescendent coucher chez elles, dans la pièce que je viens de quitter. Je tourne le dos au vent frais et m'endors comme un bienheureux bercé par les derniers aboiements des chiens du village qui continuent leurs dialogues interminables.

Vers 4 heures 30 le jour point comme c'est son rôle dans le grand opéra de la nature et j'assiste à ce grand spectacle pendant de longues minutes. Les camions aussi se réveillent (ou au moins leurs chauffeurs) et la sarabande d'une nouvelle journée demarre lentement mais surement. Puis c'est au tour du bétail de se mettre en branle. Après le petit déjeuner je tente de monnayer l'accueil reçu mais en pure perte, bien sur, et je prends des photos avec promesse de les envoyer en septembre. Là encore j'ai vécu une belle expérience humaine malgré la totale incompréhension apparente au niveau du langage.

Ce premier Juin je quitte la route principale pour aller visiter le caravansérail de Rabat Sharat à 6 kilomètres. A 8 heures du matin je suis seul à la rencontre du conservateur du lieu qui m'invite à visiter cet ensemble assez grandiose dans sa simplicité qu'un archéologue (25 ans) et son équipe d'une douzaine d'hommes ont commencé à fouiller. Magnifique, la passion de ces gens qui grattent le sol du désert à la recherche des traces de leurs prédecesseurs dans la longue histoire humaine... Enfin, c'est du moins l'impression que j'ai eu quand, en repartant, le conservateur m'a couru après pour me faire signer le livre d'or et me donner une brochure explicative du site.

En retournant à Sharloq, je croise Christian et Patricia qui ont le même visa de transit pour le Turkmenistan que moi. Le dialogue se renoue simplement et nous nous donnons rendez-vous pour le lendemain.

Après 70 kilomètres de de parcours montagneux j'arrive à l'hôtel meilleur marché de Sarracks: 15 dollars la nuit. Je suis à pied d'oeuvre pour attaquer les formalités de passage de la frontière à 8 heures le lendemain.

Bilan de 30 jours en Iran: à part l'accueil tout à fait extraordinaire déjà maintes fois évoqué et son corallaire de rencontres, je signale juste les 2400 kilomètres de routes pour moitié tres encombrées et souvent dangereuses, la plupart du temps assez plates, une dizaine de jours sans vélo pour du repos et/ou des visites parfois fantastiques (Yazd et Ispahan par exemple). Faire la route de la soie et visiter ces merveilles étaient les principaux objectifs de cette partie du voyage et ils ont été bien remplis.

Le 2 Juin nous attendait l'épreuve fatidique de l'entrée au Turkménistan, pays tres isolé, dirigé par un mégalo qui affiche sa photo (et son numéro de téléphone) et sa statue à tous les carrefours. Il avait fermé ses frontières au moment des décés d'enfants turcs dus à la grippe aviaire en mars... Finalement ça nous a pris une heure de formalités banales pour quitter l'Iran et guère plus de paperasseries et de contrôles aussi vagues que possibles pour entrer chez le sieur Niazov. Mais le plus dûr restait à faire: les 90 kilomètres de désert en direction du nord sans espoir de croiser un village et encore moins un magasin ou une bouteille d'eau et peut-être sans circulation automobile non plus, ça, on ne savait pas trop. Fort heureusement (?) on a commencé par se tromper de route dès la sortie de la douane et on a pris la même route que les camions à double immatriculation iranienne et turkmène. Un bon point pour la sécurité en cas de pépin mais 50 kilomètres de plus avec un visa de transit de 5 jours pour cinq centaines de kilomètres. Vent dans le nez par 34 degrès à l'ombre de ma sacoche (thermomètre médical) sous un soleil implacable on a roulé sans parler de 10 heures 30 à midi. Apercevant des remorques de camions accrochées les unes aux autres perpendiculairement à la route nous nous précipitons à l'ombre sous lesdites et les 2 apiculteurs russes qui gèrent l'ensemble nous invitent à nous asseoir avec eux au milieu d'une remorque encadrée de dizaines de grosses ruches de près d'un mètre cube chacune. En plein courant d'air (frais à 32 degrès probablement) nous goutons leur soupe de pâtes, mangeons nos provisions et vidons leur théière. Repartis laborieusement nous avons fait 52 kilomètres à 14 heures à la moyenne effrayante, sur le plat, de moins de 10 kilomàtres par heure. Nous nous jetons dans le sable sous la misérable ombre d'une quelconque broussaille pour une sieste de 2 heures. Le thermomètre est monté à 36. Au passage de voitures nous empruntons quelques bouteilles d'eau (du robinet) gentiment offertes par des automobilistes complaisants. Nous décidons d'avancer au maximum à la fraicheur de la nuit tombante (vers 19 heures) et parcourons encore 26 kilomètres de 18 à 19 heures 30, croisant d'ailleurs un accident de la circulation entre 2 voitures sur cette route droite et très peu fréquentée (?). Mais il faut planter le campement avant de rater, dans le noir, le carrefour à droite qui doit nous permettre d'éviter une autre rallonge de 50 kilomètres. Après l'excellente salade de tomate et concombre au thon et 2 ou 3 tournees de thé, c'est couverts de poussiere et ivres de fatigue que nous sombrons dans un bon gros dodo.

Le 3, des 5 heures (cette fois-ci il n'y a plus à tergiverser sur l'heure de depart: ce ne peut être que celle du lever du jour si on veut avancer) nous roulons à déjà meilleure allure (12 km/h) après avoir trouvé, avec l'aide des autochtones qui attendent leur bus, le raccourci indispensable. Vers midi nous découvrons le premier bistrot depuis 2 jours et dégustons un litre 500 de coca. Ca va mieux. Et pourtant apres le troisième contrôle de police - assez débonnaire: après de grands "salam" et avoir affirmé leur autorite en exigeant nos passeports, les fonctionnaires nous parlent surtout de notre itinéraire qui leur semble plus interessant que le reste - nous nous trompons encore sur notre distance par rapport à Mary (la ville-étape visée depuis la veille) et désesperons d'y arriver le jour même, nous en croyant éloigné d'encore plus de 100 kilomètres. Nous nous arrêtons dans un restaurant (si, si, même là ça existe...) car Christian a manifestement une fringale. elle sera autant alimentaire que psychologique (peur de ne pas y arriver ?). Encore 3 heures de franc repos et nous repartons tres laborieusement. Finalement un automobliliste interpelle nous apprend la bonne nouvelle: nous ne sommes plus qu'à 33 kilomètres de Mary où nous parvenons vers 19 heures 30 après 130 kilomètres. Au controle de police à l'entrée de la ville, Christian et moi sommes assis, la tête dans les mains, sur la bordure de la route, à l'ombre des roses-tremieres, pendant que Patricia discute passeport et itinéraire. L'hôtel à 50 dollars nous permet de nous laver de fond en comble, au physique comme au moral. Première partie du Turkmenistan terminée sans trop de dégats et un peu juste dans le délai: nous supprimons la visite de Merv la villa antique que nous frolons le lendemain pour garder encore une journee de marge au cas ou les difficultés iraient encore en grandissant.

Le 4 juin nous voit nous lever vers 6 heures 30 pour rouler en milieu habité jusqu'au marché de Byramaly, à hauteur justement des ruines multiples de Merv, où nous faisons le plein d'abricots: c'est la pleine saison des abricots, prunes et autres cerises. Puis nous retournons dans un univers plus désertique et toujours aussi chaud et venté que les jours précédents. A hauteur de l'embranchement de Zachmet, au bord d'un étang de 100 mètres carré, un petit papy paye sa patente pour vendre du poisson, genre carpe frite comme dans le sud de l'Alsace où les moines du Moyen-Age avaient introduit la bestiole dans des étangs pour éviter les disettes chroniques. Poisson frit donc, salade (concombre-tomate comme presque tout les jours depuis 2 mois) et 4 tournées de thé en guise de sieste. La pogression laborieuse reprend ses droits et à une station service où Christian fait le plein de benzine pour son rechaud, les dames turkmènes d'un minibus nous offrent des crêpes (très grasses, les crêpes) et des prunes (très vertes les prunes mais ils ont l'air de les supporter comme ça là-bas et en Iran ils les mangent même aspergées de sel comme si elles n'étaient pas assez acides comme ça). Plus loin, un camionneur iranien qui redescend chez lui ralentit à notre approche et nous propose le thé par gestes. Son semi-remorque restera arrêté en bord de route de longues minutes avec nous trois au milieu de la route à boire une tasse après l'autre dans un concert d'encouragements de de salutations réciproques. Nous échouons au deuxième resto de la journée autour d'une soupe de viande (mouton évidemment), des crudités habituelles et de brochettes bien grasses. Nous plantons les tentes sur place avec la benediction du proprio.

Le 5 nous décollons vers 6 heures et, au fil des heures la fatigue des 3 jours précédents se fait sentir aussi bien physiquement que psychologiquement et le vent qui redouble fait disjoncter les lambeaux humains que nous sommes devenus: un camion hêlé (sans aucune protestation de ma part, je vous rassure) nous emmène sur 40 kilomètres juste avant le contrôle de police de Turkménabad. Echec partiel certes, mais enfin même les mauvaises choses doivent avoir une fin: tant pis pour la traversée (complète) du désert du Garagoum, je ne la ferai jamais. Ce fut déjà une belle expérience d'en faire les 9 dixièmes... Après encore 24 kilomètres et des heures de recherche (notre prononciation du russe est plus qu'un désastre) nous trouvons enfin la gare de Turkménabad près de laquelle se tient un hôtel recommandé par le guide LP. Celui-ci se révelant déraisonnablement coûteux nous dégottons un hôtel de dernière zone qui nous acceptera bien volontiers avec la sale gueule de l'administrator (une dame bien bureucratisee jusqu'au bout de la clé des douches) et la passivité de la dame d'étage bien incapable d'ouvrir la porte de la chambre avant d'avoir le papier produit par l'autre (dame). Nous allons manger des somsas (beignets fourrés a la viande) au buffet de la gare avant de nous replier au resto voisin de l'hôtel où nous ingurgitons des pizzas locales, fort délicieuses d'ailleurs. Le tout additionné d'un ou deux (petits) verres de vodka turkmène qui ne semble pas titrer grand chose en alcool.

Pierre-André

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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Photo: Pierre-André Sonzogno


Mercredi 07 Juin 2006

Nouvelles de Boukhara

Et ben voila, c'est fait ! On a traversé le Turkmenistan; pas complétement en vélo mais ca restera une grande expérience... de ce que je n'obligerai jamais personne à faire.

Mais revenons en arrière: il me restait à m'offrir une soirée dans une famille iranienne aussi traditionnelle que possible, c'est à dire celle du cyclo rencontré quelques jours avant Mashhad et qui m'avait confié par téléphone aux bons soins de sa femme. Ne sachant pas si elle parlait anglais je n'osais trop lui téléphoner et y aller directement me faisait faire des kilomètres en ville sous la canicule avec le doublement des distances dû aux erreurs de parcours et aux incompréhensions avec les gens interpelés dans la rue. Je me décidai finalement et ce fut l'horreur: elle ne parlait pas du tout l'anglais et donc je dus me contenter de répéter le mot qui sert à présenter des excuses en farsi avant de raccrocher comme un malpropre. Je continuai ma visite de la ville quand je suis tombé sur un prof d'anglais bénévole à ses heures au mausolée de l'imam Reza et accompagnateur (payé cette fois-ci) dans les sorties en taxi à la journee dans les environs. Après un thé chez son collègue, accompagnateur en francais lui, et aussi accessoirement marchand de tapis je finis par avoir des nouvelles de Christian et Patricia hébergés chez un collègue à eux (accompagnateur, fournisseur d'hébergements dans les familles, etc...). Et surtout je pus demander au prof d'anglais de téléphoner à madame K. pour présenter mes excuses, d'où l'invitation de la dernière soirée à Mashhad. Vers 19 heures, après une bonne heure dans deux bus nous nous retrouvons chez elle et ses deux filles (la vingtaine triomphante et son fils (plutot 14 très degourdi). Même si je m'étais habitué (au bout d'un mois) aux femmes iraniennes en deuil perpétuel, le spectacle de ces trois femmes qui passaient le plus clair de leur temps à remettre perpetuellement en place l'étoffe (genre drap de lit à fleur, à la maison) qui leur cache les cheveux et le cou, reste quand meme assez difficile. Seule la fille ainée et son oncle (de façon beaucoup plus rudimentaire) parlait un peu l'anglais. Pendant une heure mon prof-accompagnateur a quand même bien détendu les atmospheres avant qu'il n'aille lui-même rejoindre sa fille chez lui (de retour d'un voyage à l'autre bout de l'Iran). Je suis donc resté seul en famille (middle-class bien équipée en ordinateur par exemple dans un quartier que mon prof m'avait pourtant désigné comme pas très aisé (pour les profs par exemple m'a-t-il dit, soit 270 Euros par mois de salaire dont 100 pour l'appartement). Après un excellent jus de fraise bien frais j'ai dégusté bonbons et fruits de saison (cerises, prunes, abricots) et jujube (m'a dit la jeune fille de la maison grâce à son dictionnaire franco-iranien: faut que j'aille aussi loin pour en gouter? Après m'avoir demandé de reconnaitre le personnage de la photo prise dans le salon avec cette même famille et qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à l'imam Khomeini, on m'explique que c'est bien lui qui était venu consoler leur famille de la "mort en martyr" d'un de ses oncles pendant la guerre avec l'Irak. On discute des sujets habituels (famille, travail et... religion): je suis maintenant rodé; ma religion c'est "no god" et d'ailleurs les statistiques sur les Français catholiques à 80% datent des annees soixante, ce serait plutot 20 ou 30% et d'ailleurs mes deux enfants ne sont pas mariés (comme la plupart des jeunes français) et il faut arrêter de mettre la question religieuse au commencement de tout. Je suis écoute tres laïquement, d'ailleurs et même avec intéret. Seule la tante interviendra au deuxième tour de la même conversation plus tard dans dans la soirée pour affirmer qu'il vaut quand même mieux être marié.... On passe ensuite au transfert de mes photos sur leur ordinateur dans le bureau du papa. On me demande ce qui me ferait plaisir pour cette soirée: on me propose même - chose un peu surprenante quand même de la part de cette famille quand même tres "intégriste" de m'emmener visiter en soirée les parties du mausolée interdites aux non-musulmans pendant la journée: le soir, les gardiens bénévoles ne sont pas regardants, vous avez d'ailleurs une bonne tête d'iranien... Finalement on décide d'appeler le reste de la famille pour aller en 2 voitures à 25 kilomètres à Torqabeh, la station touristique à la mode, diner et déguster une crème glacée. Je n'échappe donc pas, une dernière fois, aux brochettes de moutons, à la salade de tomates, concombres, oignons, au yaourt à l'ail et au doogh (yaourt liquide, mentholé et sale en boisson). L'occasion de passer une soirée dans une famille exemplaire (et oui ce doit être exactement ça) et qui se détend quand même derrière la facade originelle des codes de comportement. Un peu après minuit ils me ramènent à mon hotel à quelques pas du mausolée où ils vont se recueillir une dernière fois de la journée (ou la première de la journée suivante ?). Une bonne expérience pour moi en tout cas et un lien informatique qui se poursuivra au moins par l'échange sur la Toile des photos prises ce soir-là. Difficile de rendre compte de la complexite de tout ça. Je tacherais de m'y mettre quand j'aurai plus de temps pour mettre en forme mes réflexions.

Et le lendemain, pendant qu'ils récupérent dans leur lit je me lève à 6 heures 30 pour aller affronter des 7 heures 30 (et avant les plus grosses chaleurs) le semi-désert qui doit me conduire au Turkménistan.

Mais ca sera pour demain car le néo-zélandais dont je partage la chambre est assez fatigué (et un peu malade d'ailleurs) et faut que j'aille, moi-aussi, récupérer des terribles fatigues du Turmenistan.

Pierre-André

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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Photo: Pierre-André Sonzogno

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